C’est une enseignante-chercheuse qui a été distinguée cette année pour le Grand Prix de l’urbanisme. Le jury présidé par Philippe Mazenc, Directeur général de l'aménagement, du logement et de la nature, a choisi Sabine Barles, professeure d'urbanisme et d'aménagement à l'université Paris 1 Panthéon Sorbonne et membre de l’UMR Géographie-Cités, pour ses travaux sur le métabolisme urbain qui désigne les flux et stocks d'énergie et de matière mis en jeu par le fonctionnement des villes.
« Elle approche notamment la question des déchets, des sols vivants et des eaux usées pour faire de l'aménagement un levier de transition écologique », précise le jury. « Ses recherches scientifiques incitent notamment à élargir les périmètres d'intervention au-delà des limites administratives, pour y substituer une aire de projet adaptée au flux de matière considéré. Ses travaux constituent des vecteurs de solutions innovantes pour l'urbanisme, favorisant le passage à d'autres modèles, par exemple en requestionnant le système de traitement des eaux usées. Au-delà de son travail de chercheuse et d'enseignante, elle expérimente, avec plusieurs groupes de recherche, la mise en œuvre de ces concepts dans différents territoires. Elle envisage notamment d'un point de vue quantitatif un système alimentaire neutre en carbone et accessible à tous à l'échelle du bassin versant de la Seine ». Le Grand Prix vient saluer « sa capacité à mettre en lumière auprès des acteurs de la fabrique du territoire et du grand public les impensés de l'urbanisme : tant l'invisible, en révélant la face souterraine de l'urbanisme, que de l'indicible, en abordant des sujets parfois tabous (récupération des urines). Sabine Barles éclaire les concepts de l'urbanisme par la connaissance scientifique. Etudes quantitatives à l'appui, elle propose d'aller vers une sobriété choisie, requérant des changements d'usages, en tant que condition préalable à l'efficacité de la gestion de la ressource. Au-delà de l'écologie, Sabine Barles questionne l'organisation socio-spatiale de nos sociétés pour ménager l'habitabilité de la Terre ».
Docteure en urbanisme, Sabine Barles avait consacré sa thèse, soutenue en 1993, à « La pédosphère urbaine : le sol de Paris, XVIIIe-XXe siècles ». Ses travaux de recherche interdisciplinaires interrogent la matérialité des villes et leurs interrelations comme interdépendances avec leurs territoires et milieux. Elle assure la coordination de programmes de recherche, notamment au sein de la Fédération de Recherche Île-de-France en Environnement, participe et coordonne plusieurs projets de recherche nationaux et internationaux. Elle prend part à de nombreux conseils scientifiques, comme le GREC – Groupement Régional d'Expert pour le Climat Île-de-France.
Gwenaëlle d'Aboville, Emmanuelle Cosse et Chris Younès nominées
Cette année, le jury a aussi décidé de mettre à l'honneur trois nominées, Gwenaëlle d'Aboville pour sa pratique de la programmation urbaine par la concertation, Emmanuelle Cosse pour son engagement militant et politique en faveur d'un urbanisme pour la dignité et Chris Younès pour ses propositions de refondre l'urbanisme par la régénération des milieux habités.
Gwenaëlle d'Aboville, urbaniste et architecte, est directrice depuis 2005 de l'agence Ville Ouverte. Elle y exerce la concertation, le projet urbain participatif, la programmation urbaine et architecturale. Elle est lauréate du Palmarès des jeunes urbanistes 2016. Maîtresse de conférences associée à l'école d'architecture Paris-Est et enseigne successivement dans plusieurs formations d'architectes et d'urbanistes. En parallèle, elle dirige et contribue à la rédaction de nombreuses publications dont Réparer et construire la ville. Pour un renouvellement de l'offre en logement (2024), d'articles de revues spécialisées et signe plusieurs tribunes comme Le zéro artificialisation nette est indispensable aux territoires ruraux.
Emmanuelle Cosse est présidente de l'Union sociale pour l'habitat depuis 2020. Son engagement associatif militant la porte au tournant des années 2000 à la présidence d'Act Up-Paris puis à une carrière de journaliste. En 2010, elle est élue vice-présidente de la région Île-de-France, chargée du logement, de l'action foncière et de la rénovation urbaine. Elle y défend la création d'opération de requalification des copropriétés dégradées d'intérêt national et élabore le schéma régional de l'habitat et de l'hébergement. Ministre du logement et de l'habitat durable entre 2016 et 2017, elle œuvre notamment pour soutenir la reprise de la construction de logements libres et sociaux et lance la réglementation environnementale E+C-. Elle est l'un des auteurs de la loi Égalité et Citoyenneté, portant notamment sur la mixité et les discriminations sociales.
Chris Younès, philosophe et psychosociologue, est professeure à l'École Spéciale d'Architecture. Son parcours universitaire est jalonné en 1975 par un doctorat en philosophie sur L'idée de phénoménologie d'après Hegel et Husserl l'orientant vers des recherches interdisciplinaires à l'EHESS sur l'appropriation de l'habitat en centre-ville jusqu'à une Habilitation à diriger des recherches L'art des lieux et l'habiter à l'université Lyon III au tournant des années 2000. Ses travaux de recherche développent une interface synergique entre philosophie, architecture et urbain, au prisme des milieux de vie et des lieux d'habiter. Son activité d'enseignement croise, sur plusieurs décennies, les lieux (Beyrouth, Clermont-Ferrand, Paris) et les disciplines (science et techniques, ingénierie, architecture), inspirant plusieurs générations de praticiens en fusionnant Nature et Culture.
La cérémonie de remise du Grand Prix de l’urbanisme aura lieu en fin d’année.

De gauche à droite, Gwenaëlle d'Aboville, Emmanuelle Cosse et Chris Younès.

