La Métropole Aix-Marseille-Provence a confié à Jacqueline Osty et son Atelier la requalification de la place des Marseillaises, au pied de la gare de Marseille-Saint-Charles. Un projet à 11,3 M€ HT pour transformer un espace saturé par l’automobile en parvis métropolitain végétalisé d’ici 2027.

C’est une place qui n’a de place que le nom. Entre délaissé, flux des véhicules, escalier monumental et gare ferroviaire, la place des Marseillaises (1er) n’existe que sur la carte. Mais plus vraiment dans le paysage. Une indifférence citadine qui a conduit la Métropole Aix-Marseille-Provence (AMP) à lancer un projet de requalification d’ampleur de cet espace invisibilisé. Elle vient d’attribuer le marché de maîtrise d’œuvre de ce lifting urbain au groupement piloté par l’Atelier Osty. Mandataire de l’équipe, Jacqueline Osty, Grand Prix de l’urbanisme 2020, sera entourée de l’Atelier Donjerkovic (architecte du patrimoine), du concepteur lumière 8’18'', ainsi que de Bellastock (urbanisme transitoire et réemploi) et Egis (ingénierie).

Dotée d’une enveloppe travaux estimée à 11,3 M€ HT, l’opération doit entrer en phase chantier au second semestre 2027 pour une durée prévisionnelle de 20 mois. Elle marque le lancement opérationnel de la transformation de cet espace public en jachère sis au pied de la gare de Marseille-Saint-Charles, dans le centre de Marseille.

Une pièce du puzzle « Marseille Saint-Charles à 360° »

La requalification de la place s’inscrit dans le vaste projet « Marseille Saint-Charles à 360° », piloté par la Métropole, en articulation avec le projet de Ligne Nouvelle Provence-Côte d'Azur (LNPCA). Ce programme d’envergure nationale prévoit notamment la création d’une gare souterraine sous la station actuelle, afin de désaturer le nœud ferroviaire marseillais.

À l’horizon 2035, la fréquentation de la gare devrait passer de 17 à 28,4 millions de voyageurs annuels. La transformation de la place des Marseillaises constitue donc une pièce stratégique pour absorber cette hausse des flux, fluidifier les circulations piétonnes et renforcer la capillarité urbaine avec les quartiers voisins.

D’un giratoire contraint à un parvis métropolitain

Longtemps dominée par l’automobile, la place des Marseillaises – 1,2 hectare au débouché du grand escalier – doit être recomposée en véritable parvis métropolitain. L’enjeu : dépasser le statut d’espace résiduel pour en faire une interface lisible entre la ville basse, la gare et les futurs aménagements du quartier.

Trois axes structurent la commande :

  • Faire place : clarifier la topographie complexe et rendre l’espace accessible à tous les publics, notamment les personnes à mobilité réduite ;
  • Connecter : anticiper l’intensification des flux liée au pôle d’échange multimodal, intégrer de nouveaux quais bus et réduire la place de la voiture ;
  • Réintroduire le paysage : restaurer la trame végétale originelle et créer un espace ombragé, capable de répondre aux enjeux climatiques.

Le projet devra également accompagner la montée en puissance des transports collectifs, en articulation avec le réseau RTM et les évolutions programmées côté boulevard Voltaire.

Un pivot patrimonial sous haute contrainte

Classé Monument historique en 2022, l’escalier monumental de la gare Saint-Charles constituera le pivot du projet. Toute intervention dans son périmètre impliquera un diagnostic technique et patrimonial approfondi : état sanitaire des structures, sculptures et ferronneries, analyse critique de l’authenticité, scénarios de restauration chiffrés.

La place étant inscrite dans le Site patrimonial remarquable (SPR) de Marseille, le projet sera soumis à l’avis de l’Architecte des bâtiments de France. La restauration de l’escalier et la mise en scène du panorama depuis le square Narvik qui jouxte la station ferroviaire seront des éléments clefs du programme.

À cette dimension patrimoniale s’ajoute une ambition scénographique. En cohérence avec la stratégie municipale des « paysages nocturnes », le groupement devra proposer une mise en lumière architecturale sobre et expressive, valorisant les lignes de force historiques grâce à des dispositifs LED à température modulable.

L’escalier monumental de la gare Saint-Charles constituera le pivot du projet. © WA

Urbanisme transitoire et préfiguration des usages

En amont du projet définitif, la Métropole a engagé dès janvier 2025 une démarche d’urbanisme transitoire afin de tester les usages et réactiver l’espace. Trois cycles d’expérimentation, co-conçus avec les acteurs associatifs et les usagers, doivent permettre d’articuler temps court et temps long.

Cette séquence préliminaire qui vise à favoriser l’appropriation citoyenne du projet, alimentera la conception définitive portée par l’Atelier Osty.

Le paysage comme infrastructure

En confiant la maîtrise d’œuvre à Jacqueline Osty, la Métropole impose le paysage comme un pilier du projet urbain. Désimperméabilisation, ombrage, continuités piétonnes, interface bus évolutive : la place devra marier carpe et lapin, en conjuguant intensité métropolitaine et apaisement.

Plus qu’un simple réaménagement, il s’agit de transformer un espace contraint en véritable seuil urbain, capable d’articuler patrimoine monumental, mobilités contemporaines et adaptation climatique. Un exercice d’équilibriste, à la croisée des temporalités et des échelles, qui confirme la montée en puissance des paysagistes dans la fabrique des grands projets urbains.

W. A.