L’entreprise éco-responsable et collectif militant de jardiniers urbains Merci Raymond, cofondé par Hugo Meunier, propose un projet de végétalisation des ponts parisiens. Forts de leur expérience dans la maitrise d’ouvrage et la maîtrise d’œuvre de nombreux projets d’agriculture urbaine comme le Jardin des Fabriques à Marseille et l’extension de la ferme pédagogique de la Villette, Merci Raymond propose un projet qui pousse à questionner le rôle des ponts dans nos villes. En réinvestissant ces infrastructures, le collectif de jardiniers urbains vient questionner leur portée et leur rôle de levier dans la transition écologique et sociale. Et si ces ouvrages d’art transformaient leurs usages pour (re)devenir des lieux de vie, comme ils l’étaient au Moyen Age où ils faisaient l’objet d’espaces d’habitation, de commerce et d’échanges ?
Le projet du collectif part d’un constat : dans nos villes, il va faire de plus en plus chaud et nous aurons besoin de chemins pour nous déplacer. A ce constat, Merci Raymond répond par une proposition : changer la vision presque exclusivement technique des ponts, réservés à un usage strict de passage. La proposition, qui s’applique idéalement à l’ensemble des 37 ponts parisiens, encourage à penser la question des ponts avec une vision globale. Ce sont des espaces nombreux, souvent minéralisés, peu ombragés, disponibles et qui par leur nombre, constituent une importante ressource à « propulser sur le devant de la scène » urbaine.
Un projet qui s’insère dans la transition écologique
Hugo Meunier nous explique que « le réinvestissement de ces ponts permettrait de répondre aux enjeux posés par le changement climatique, en végétalisant ces espaces qui participent aujourd’hui à conforter les îlots de chaleur » (les températures estimées correspondent à une baisse de 2°C à 4°C grâce à l’évapotranspiration des plantes. Les ponts feraient office de véritables « parasols naturels » en y plantant des arbres et en y installant des ombrières. Certains ponts arboreront une végétation plus sauvage comme sur le Pont Neuf, d’autres pourraient accueillir un skate-park, des aires de jeu thématiques (une trentaine au total) ou un kiosque multifonctions (une cinquantaine).
La végétalisation des ponts porte avec elle une dimension sociale et inclusive avec des jardins partagés et potagers pédagogiques pour conforter la souveraineté alimentaire des habitants. Le collectif imagine « confier certaines tâches d’entretien à des établissements d’inclusion sociale et professionnelle ».
Un projet pas si utopique
Le lien entre patrimoine et écologie se fait de plus en plus solide. En prenant pour exemple la validation du projet de végétalisation du parvis de Notre Dame de Paris, Hugo Meunier constate que « les critères patrimoniaux communiquent de plus en plus avec les enjeux écologiques d’adaptation des villes au changement climatique ». La végétalisation des ponts peut se faire en dialogue avec la dimension patrimoniale grâce à une approche esthétique et paysagère en proposant des vues sur la Seine et sur les monuments ainsi qu’en sélectionnant les essences de plantes en fonction de leur symbolique et de leur couleur tout en répondant aux contraintes climatiques. L’équipe pense à une végétation légère et graphique telle que des graminées, fleurs sauvages et herbes aromatiques, mais aussi arbres de Judée, prunus ou amélanchiers ainsi que des plantes indigènes du bassin parisien demandant peu d’eau, résistantes aux vents, aux intempéries et aux expositions plein soleil.
A terme, l’objectif est de réussir à faire pousser plus de 50 000 plantes, de placer des arbres tous les 5 à 10 mètres pour atteindre 20 000 m² d’espaces verts supplémentaires rendus disponibles. Pour alimenter cette végétation, Merci Raymond s’inspire d’un système de pompe dans la Seine utilisé pour l’entretien des parcs et voiries à Paris. Le collectif travaille déjà sur des questions de portance, de prise au vent, et d’adaptation à la contrainte des infrastructures.
Faire le lien entre les vivants
Le projet permet aussi de remodeler les mobilités, en réduisant la place des voitures sur les ponts où elles sont encore présentes aujourd’hui. Les quatre voies seraient réduites à deux voies pour permettre d’insérer des bandes cyclables et de larges espaces piétons et de repos, habillés de mobilier à l’assise courbée pour créer du lien social. Les usages y seraient mixtes en faveur des modes doux. Le but est de proposer une reconnexion entre le vivant et les piétons, de rompre avec la frontière entre la rive gauche et droite en créant une trame verte qui pourrait les relier.
Le projet s’inscrit dans un mouvement de fond, celui de la « révolution verte » défendue par le collectif pour « préserver la biodiversité en ville et créer des écosystèmes vertueux », et dont les ponts seraient des lieux emblématiques, moins dissimulés que les toits ou les cœurs d’îlots végétalisés.
L.C.

